En politique, il n’y a pas de récit sans preuve de récit

Il y a quelques jours, j’échangeais avec l’un des observateurs anglo-saxons les plus avisés que je connaisse. Il a toujours un regard très fin sur les scènes politiques des deux côtés de l’Atlantique. L’écouter, c’est avoir la certitude de repartir avec un peu de food for thought. Cette fois encore, cela n’a pas manqué.


Ce jour-là, il m’a dit en substance : « tu sais, je suis moins inquiet pour l’Europe que pour les Etats-Unis. Parce qu’en Europe, il y a encore une culture des politiques publiques. Il y a des États qui, bon an mal an, savent en faire. Aux États-Unis, la vie politique n’est plus qu’une affaire de bataille culturelle. L’important, c’est juste de gagner, et non plus de transformer le réel. Tout est devenu superficiel. »


Autant l’avouer, j’éprouvai d’abord en l’écoutant parler cette Schadenfreunde qui nous saisit parfois, nous autres Européens, dès qu’il est question d’action publique sur le continent américain.


Mais ce sentiment a vite laissé place au doute. J’avais du mal à partager son optimisme. Ici aussi, notre capacité à mener des politiques publiques me semblait considérablement fragilisée. Depuis une vingtaine d’années, les administrations ont vu leurs moyens d’action se réduire comme peau de chagrin. « L’État profond », celui qu’on aime tant brocarder, celui qui met en oeuvre les décisions à l’abri du tumulte du débat public, est désormais à l’os. Il a perdu en capacité d’exécution.


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